• Copie à revoir pour le « palmarès des universités » de La Tribune - Rue89

    http://www.rue89.com/2009/06/18/copie-a-revoir-pour-le-palmares-des-universites-de-la-tribune

    « Fini de confondre une pépite avec une poubelle. » C'est par cette amabilité que le quotidien économique La Tribune introduisait son « palmarès des universités », publié mercredi. But de l'opération : « permettre à tous les étudiants de choisir leur université en fonction de critères objectifs publiés dans des rapports officiels ». Noble intention, résultat contesté.

    Où sont les facs ?

    L'université française, constate la Tribune, est une « jungle de Bornéo » dans laquelle les étudiants ont bien du mal à trouver leur voie. Le journal propose donc de « découvrir les meilleures universités de France », avec un « top cinq » par filière : il utilise pour ce faire les travaux de l'AEF, agence d'info spécialisée dans l'éducation, qui a elle-même compilé les résultats d'évaluations menées par l'Aeres, agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur créée en 2006.

    Premier problème, vite relevé par les internautes dans les commentaires : ce palmarès est très loin d'être exhaustif. Pour les licences, seules 12 universités sur 83 ont été évaluées ; pour les masters, 51. D'où de nombreuses absences, et pas des moindres, puisque des établissements aussi renommés que Paris-Dauphine manquent à l'appel.

    Pourquoi une telle lacune ? Le site de la Tribune affirmait mercredi que les universités manquantes n'avaient pas souhaité être évaluées, avant de se reprendre le lendemain, affirmant que toutes n'avaient pas encore pu l'être. C'est un peu plus qu'une nuance. Comme l'explique Alain Menand, directeur de la section des formations et des diplômes à l'Aeres :

    « Le ministère a divisé nos évaluations en quatre vagues. A l'heure actuelle, seules les vagues B et C ont été évaluées. Les résultats de la D seront connus cet été, ceux de la A pas avant un an. »

    L'AEF avait réalisé une synthèse de ces premiers résultats, synthèse immédiatement reprise par La Tribune. Fallait-il, alors que le journal savait ces résultats très incomplets, vendre un grand palmarès sous le titre »Comment classer les universités françaises ?  » Un journaliste parle de sujet « survendu » par la rédaction en chef. Dans son édition d'aujourd'hui, le journal précise qu'il ne s'agissait pas d'un « classement », mais plutôt d'une évaluation de la qualité des diplômes. Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction, reconnaît une « erreur de titraille », mais défend le « palmarès » :

    « C'est la première tentative très approfondie
    d'évaluation des diplômes. Même si toutes les universités n'y sont pas
    présentes, nous pensons que tous les efforts de clarification sont bons
    à prendre. »

    Pour Alain Menand, il est de toute façon hasardeux de prétendre « classer » les différentes licences :

    « On ne peut pas parler de classement : d'abord parce qu'un grand nombre d'universités, près de la moitié, n'ont pas été évaluées. Ensuite, parce qu'il faut comparer ce qui est comparable. Or, les universités présentent de grandes disparités en termes de localisation, de population… »

    Une méthodologie contestable

    Ce n'est pas le seul reproche adressé à ce palmarès. La méthodologie aussi pose question et en premier lieu les critères employés. Sur son blog consacré à l'enseignement supérieur, M. le Prof (pseudonyme d'un véritable professeur) remet ceux-ci en question :

    « Ce qui intéresse les étudiants, d'après ce que j'entends sur les salons étudiants, c'est : quel est le salaire moyen annuel à la sortie du diplôme, le pourcentage de recrutement à la sortie, à six mois, à un an, les types de métiers proposés et surtout le niveau de responsabilité, ou la place dans la hiérarchie. »

    Or, certaines catégories utilisées par le palmarès sont assez éloignées de ces préoccupations très pratiques : pas sûr que les notions de « Pilotage de l'université » ou « Périmètres et ressources » soient d'une grande aide aux futurs étudiants à la recherche de la licence idéale. Pourquoi les avoir malgré tout intégrées au calcul de la note finale ?

    Le problème vient du fait que les données recueillies par l'Aeref sont d'abord destinées aux universités elles-mêmes, et pas aux étudiants, comme l'explique Alain Menand :

    « Nos experts rendent leurs évaluations sur la base de dossiers fournis par les universités. Celles-ci font leurs observations, puis peuvent s'en servir pour cerner les progrès à accomplir. »

    Résultat : des rapports assez techniques, pas franchement transparents pour le grand public ou le futur étudiant désorienté. Dont les critères n'avaient peut-être pas vocation à être repris dans un palmarès visant à améliorer la lisibilité des cursus universitaires. Bel effort, mais copie à revoir.

     

    Par Dominique Albertini


    Tags Tags : , , , ,