• Déjà une université à deux vitesses… Par Mireille Poirier, maître de conférences en droit privé à l’université Montesquieu-B

    Il y a un an, l’université Paris-II innovait en créant un « collège de droit ». Depuis, d’autres universités semblent vouloir emprunter ce chemin : Paris-I, Montpellier, Toulouse, Bordeaux-IV… Rappelons de quoi il peut s’agir en prenant appui sur l’exemple de Paris-II.


    Des étudiants triés sur le volet (1) se voient proposer une formation s’ajoutant au cursus de base. Ainsi, à Paris-II, l’an dernier, seuls les bacheliers ayant obtenu une mention très bien au baccalauréat (2) ont pu s’inscrire au tout nouveau collège de droit. Moyennant 200 euros (3), ils ont suivi, dans l’année, 130 heures d’enseignement complémentaire dans plusieurs disciplines : philosophie et sociologie du droit, droit comparé, etc. Cela, à raison d’une heure trente à trois heures par semaine, par matière, et par groupe de trente étudiants (4). En cas de réussite, ces étudiants ont obtenu le diplôme correspondant à la première année de droit, auquel s’est ajouté le nouveau diplôme préparé dans le cadre du collège de droit. Le système n’est pas figé : ceux qui n’atteignent pas le niveau requis par le collège de droit en sortent pour l’année suivante et réintègrent le cursus « standard » ; les meilleurs du cursus standard peuvent être admis au collège en deuxième année, etc. Cette innovation a été présentée comme une solution permettant aux universités d’entrer dans la « bataille de l’excellence » - entendez de « concurrencer les grandes écoles ». Et aujourd’hui, il serait question, pour les autres universités, de s’aligner sur le modèle initié à Paris-II, de manière à rester « compétitives » sur le marché de la formation universitaire. Bataille, concurrence, compétitivité… le langage est dans l’air du temps. Précisément, la création de ce type de filière « bis » pose des problèmes de fond, dont il convient de prendre la mesure. En premier lieu, il faut pointer la double concurrence qu’implique ce système.


    Concurrence entre étudiants, tout d’abord, ceux qui auront eu la chance de profiter des enseignements délivrés dans le cadre du collège de droit se plaçant en « pole position ». Mieux formés, ils seront mieux armés pour prétendre poursuivre leurs études, ou pour prétendre occuper un emploi. Surtout, en se fondant dans un tel système, les universitaires acceptent, à grande échelle, de former deux catégories d’étudiants : les « moins bons », largement majoritaires, dont la formation ne serait que « standard », et les meilleurs, en nombre très limité, qui se verraient offrir l’accès à des enseignements refusés aux « moins bons ». L’étudiant moyen ou bon, comme le meilleur, n’a-t-il pas besoin d’être formé aux fondements et à la philosophie du droit, à la sociologie et à l’histoire du droit, etc. ? L’ensemble des étudiants ne méritent-ils pas de bénéficier d’une « ouverture d’esprit », d’une « une culture générale juridique et extra-juridique » ?


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