• Facs: «Je préfère perdre un semestre que mon avenir» - Libération

    Une nouvelle manifestation d'enseignants-chercheurs a rassemblé ce jeudi à Paris entre 1300 et 5000 personnes. Propos d'étudiants recueillis au fil du cortège.

    Près de quinze semaines après le début de la grève, plusieurs milliers d'étudiants et d'enseignants-chercheurs étaient encore dans la rue aujourd'hui pour réclamer tout à la fois l'arrêt des suppressions de postes, la révocation de la loi LRU (sur l'autonomie des universités, adoptée à l'été 2007), le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs et le retrait définitif de la masterisation (formation des enseignants du primaire et du secondaire).

    A Paris, sous la grisaille, beaucoup d'étudiants dans le cortège parti de Jussieu direction Sèvres-Babylone. Pourquoi sont-ils là, quel regard portent-t-ils sur ces mois de conflit, quel est leur sentiment à l'approche de la fin de l'année universitaire: témoignages.

    Coline, 21 ans, en licence 3 de socio à Evry, en tee-shirt blanc gribouillé «l'éducation n'est pas une marchandise» et parsemé d'autocollants «Rêve générale». Après un mois de blocage filtrant, les cours reprennent partiellement dans son UFR et la tenue des partiels a été votée il y a quinze jours. Elle a voté contre.

    «Je suis là parce que je suis contre la LRU et le processus de Bologne (cursus LMD). Nous à Evry, petite fac interdisciplinaire de banlieue, on a tout à y perdre. Pas assez rentable. L'autre point noir, pour moi qui voudrait enseigner, c'est la masterisation. Pour la question de exams, je suis pour la neutralisation du semestre. Mais bon, la dernière AG unitaire a voté pour la tenue des exams, en les repoussant de deux-trois semaines. Ils nous ont donné des poly pour bosser chez nous. S'il y a au moins quelque chose de positif dans ce conflit, c'est que ça a créé un lien très fort entre les profs et nous. On a beaucoup échangé, beaucoup appris, plus peut-être que si on était restés assis au fond de l'amphi. Un vrai cas pratique sur les mouvements sociaux. 

    Sébastien, 22 ans, en licence 3 d'espagnol à Paris IV, «fidèle au poste», comme le lui lance une de ses profs au départ du cortège: depuis le début du mouvement de grève début février, il est de toutes les manifs, AG, actions.

    «J'ai choisi cette filière en connaissance de cause: pour être prof. J'en parlais avec les enseignants, j'avais un projet défini, l'IUFM, je savais où j'allais. Là, avec la masterisation (de la formation d'enseignant) et les suppressions de postes, je ne sais pas comment je vais faire. Au delà de ça, la LRU, c'est comme si on nous disait «vous, les sciences humaines, vous servez à rien».

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