• ASSEZ DES MENSONGES D’ÉTAT !

    Après le mépris de Nicolas Sarkozy, celui de Valérie Pécresse puis de François Fillon

     

    Les faits sont têtus, et il ne suffit pas d’une communication fondée sur le mensonge pour les modifier ; c’est pourtant ce que tentent Valérie Pécresse et François Fillon ces jours-ci, pour habiller d’effets de manche ce qui n’est rien d’autre qu’un passage en force et une véritable provocation. Non, le mouvement des universitaires n’est pas minoritaire. Non, le décret sur le statut des enseignants-chercheurs ne leur confère pas davantage de liberté ; non, la « mastérisation » ne permet pas d’élever le niveau de recrutement des enseignants ; non, les moyens accordés aux universités ne sont pas, dans la plupart des cas, en augmentation.

    Valérie Pécresse a envoyé le vendredi 17 avril une lettre à la CPU qui laisse pantois tout lecteur quelque peu informé. Son intervention au Talk du Figaromardi 21 avril est du même acabit, de même que l’intervention de François Fillon sur France Inter le matin du mercredi 22 avril.

    Dans quel univers vivent-ils donc, où les mots n’ont plus le sens qu’on croyait pouvoir raisonnablement leur donner ? Le « profond respect » que Monsieur Fillon professe pour les enseignants-chercheurs n’est pas loin des « preuves d’amour » que Madame Pécresse prétend leur donner encore et toujours. Un tel « respect » qui considère que les enseignants-chercheurs sont incapables de comprendre le texte d’un décret qui les concerne s’appelle du mépris Mais ce n’est pas sur le terrain des sentiments que nous les attendons : c’est sur celui des faits. Or, ces faits sont têtus : 1/ la concertation dont se prévaut la ministre est une mascarade ; 2/ l’ensemble de l’argumentation gouvernementale relève du pur et simple mensonge. Cela fait 11 semaines que cela dure. Ça suffit !

    2 représentants des syndicats sur 35 ont approuvé le nouveau décret sur les statuts

    Valérie Pécresse nous a elle-même obligés à déclencher le plus long mouvement social de l’université française depuis des décennies (près de trois mois de grève bientôt pour nombre de collègues et d’universités). Son autosatisfaction prêterait à sourire si les problèmes n’étaient extrêmement sérieux. De plan de communication en « concertations » (consistant à laisser parler ses interlocuteurs sans tenir compte de ce qu’ils disent), Madame la Ministre s’est en fait montrée incapable d’instaurer le moindre dialogue avec la grande majorité de la communauté universitaire. La disparition complète de la soi-disant mission de médiation confiée à Mme Bazy-Malaurie, pourtantannoncée avec tambours et trompettes début février, l’indiquait déjà.

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  •  L’application de la  réforme du lycée, annoncée à grand fracas pour la rentrée 2009, a donc été reportée et son principal artisan, le très audacieux recteur Gaudemar, judicieusement écarté. Mais pendant que son successeur, Richard Descoings, batifole dans les provinces, en quête d’idées lumineuses et de « bonnes pratiques » de terrain, la réforme se met peu à peu en place, en toute discrétion, dans quelques établissements[1]. Comme si les gesticulations du patron de Sciences-Po n’avaient pour objet que de cacher la réalisation d’une réforme officiellement repoussée.

                La méthode Descoings : démocratie participative et poudre aux yeux

                Retour sur la chronique d’un échec annoncé par le SNALC (Syndicat NAtional des Lycées et Collèges) dès le mois de juin. Début décembre 2008, lycéens et professeurs sont dans la rue pour rejeter en bloc modules, modification des statuts et lycée à la carte. Pour avoir accumulé précipitation, médiatisation mal gérée, annonces farfelues et propositions contradictoires, le ministère est aux abois. Paradoxe presque risible : la généralisation des protocoles de discussion, destinés à « moderniser le dialogue social », n’a réussi qu’à faire converger les mécontentements. Et à fédérer les oppositions. Car chacun a désormais une bonne raison de conspuer le ministère : les exclus « volontaires » des discussions, ceux qui n’ont pas signé et en contestent la légitimité ; les exclus « involontaires », ceux que l’on n’a « pas pensé » à inviter, telles les bruyantes fédérations de parents d’élèves ; les « inclus-exclus », qui après avoir un temps tenté de discuter ont jugé bon, en période pré-électorale, de quitter le navire ; ceux qui restent encore, espérant le pourrissement de la réforme dans l’œuf ; et même les ébahis des premiers jours, syndicats « réformistes » ( dont SGEN et UNSA en tête) effarés du rythme des discussions, et qui réclament un simple report du calendrier – « s’il vous plaît, monsieur le bourreau, encore une minute »…  

    Officiellement au moins, l’opposition à la réforme est unanime. Et après tant de fracassantes déclarations dans les semaines qui ont précédé, les appels au calme ne servent plus qu’à enfoncer davantage ceux qui les lancent. Jouer les lycéens contre les profs, en leur promettant la lune et le lycée sans contraintes, n’a fait qu’attiser leur méfiance instinctive. Entre menaces sur les horaires disciplinaires, perspectives de choix différenciés selon les établissements et baccalauréat par contrôle continu, le ministère a en effet oublié une donnée essentielle : l’attachement obsessionnel des élèves – et de leurs parents – à l’égalité des chances la plus absolue, quand bien même celle-ci ne serait, comme aujourd’hui, que très théorique. Outre l’envie irrépressible chez certains de faire l’apprentissage des barricades, les lycéens ont donc bien compris où se situait leur intérêt. Même si l’on peut douter parfois, à la lecture de certaines déclarations, de la logique développée par leurs représentants : ainsi l’Union Nationale des Lycéens déclare-t-elle lors d’un Conseil Supérieur de l’Education que l’horaire lycéen est actuellement trop chargé, tout en exigeant un enseignement obligatoire de philosophie et de Sciences Economiques et Sociales dès la seconde. Mais le ministère lui-même n’est alors en rien un modèle de cohérence : professeurs, parents et élèves apprennent ainsi par voie de presse la suppression des Sciences Economiques et Sociales, puis leur réintroduction sous la forme d’un enseignement d’économie optionnel délesté des éléments de sociologie, et finalement la possibilité que les SES deviennent obligatoires. Et chacun, rue de Grenelle, de se renvoyer la balle lorsque le Journal du Dimanche annonce la suppression des mathématiques et de l’histoire-géographie du tronc commun de première et terminale…

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  • Petit problème de logique. Affirmer: 1) qu'on a tenu compte des "inquiétudes" des universitaires et réécrit le décret statutaire; 2) que la "grogne" est calmée; 3) que les quelques "perturbations" restantes sont le fait d'une petite minorité manipulée par l'ultra-gauche. Ce qu'ont répété Pécresse et Darcos tout le mois de mars. Comment passer de cette description apaisée à l'idée que «l'année universitaire sera menacée» si les cours ne reprennent pas après les vacances de Pâques, ainsi que le signifie la ministre depuis début avril? Car de deux choses l'une, ou bien la contestation se limite à quelques UFR fanatisées, auquel cas on ne voit pas bien comment cette impéritie locale serait susceptible de mettre en danger tout le système universitaire – ou bien la menace est réelle, auquel cas il faut se résoudre à penser que la mobilisation contre les projets gouvernementaux est large et vivace.

    Cette dramatisation du conflit dans la bouche de Pécresse, immédiatement relayée par les médias soudain angoissés par la dégradation de "l'image des universités", est en réalité la première marque de reconnaissance de l'ampleur du mouvement par le ministère. Après la période des négociations en trompe-l'oeil et les annonces victorieuses de "sortie de crise" (dont la relecture un ou deux mois plus tard n'est pas sans effets comiques involontaires) est venu le temps des exhortations et des menaces. Sans reprise des cours et passage des examens, vous nuisez à la crédibilité de l'université et prenez le risque d'une fuite des étudiants dès la rentrée prochaine, dit en substance la ministre.

    Cette accusation manifeste la stratégie sur laquelle repose la gestion du conflit par le gouvernement, qui a systématiquement joué la provocation et le pourrissement. Plus le mouvement dure, plus les profs se font du tort à eux-mêmes. Pour une raison simple: dans le système français, l'université n'est pas le seul outil de la formation supérieure. Comme le rappelle opportunément le Figaro Magazine, deux titulaires sur trois du baccalauréat souhaitent intégrer les classes préparatoires et les grandes écoles, dont la sélection à l'entrée et l'objectif de professionnalisation semblent offrir d'emblée de meilleures garanties que les facs. En réalité, dans le contexte hexagonal, l'image de l'université est déjà très dégradée: elle est un lieu de formation par défaut, qui accueille les plus pauvres, les moins qualifiés ou les moins motivés. Puisque les manoeuvres n'ont pas suffi à désamorcer la fronde, le calcul cynique du gouvernement est de parier que celle-ci contribuera à vider les UFR les plus mobilisées – en particulier les SHS –, ce que l'on pourra traduire dans quelques années en termes de réduction de postes et de budgets.

    Valérie Pécresse est-elle le ministre le plus incompétent du gouvernement pour avoir laissé grossir une crise sans précédent par son intensité et sa durée? Ou au contraire le serviteur zelé et sans scrupules d'une politique de liquidation de la recherche fondamentale et de précarisation de l'enseignement? A l'UMP, en tout cas, la côte de l'ancienne élève d'HEC et de l'ENA est en forte hausse.


  • Après trois mois de conflit provoqué par le projet de décret sur le statut des enseignants chercheurs et par le projet de réforme du recrutement des maîtres, et au moment où ce conflit s’enlise ou se radicalise, le débat tend à se concentrer sur les menaces qui pèsent sur la validation du semestre universitaire. Le ministère comme le mouvement étudiant se focalisent sur ce point, et les réformes en cours passent au second plan.

    Pourtant, la validation automatique du semestre étant inacceptable, il devient de plus en plus urgent que soient levées, par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, et par le ministre de l’éducation nationale, les équivoques qui subsistent dans les textes en discussion.

    Le projet de décret sur le statut des enseignants chercheurs, dans sa quatrième version, reste ambigu dans sa définition du service de référence des enseignants chercheurs. Reportée d’un an, la réforme des concours semble maintenue. Ces incertitudes retardent la sortie de la crise.

    Dans ce contexte, QSF tient à rappeler ses positions fondamentales et les circonstances de son opposition au projet de décret statutaire et à la réforme des concours de recrutement.

    Modulation et évaluation

    QSF a toujours défendu l’évaluation des universitaires et la possibilité de la modulation de leurs services. Mais nous n’entendons pas la modulation et l’évaluation exactement comme Mme Pécresse.

    QSF, qui n’a jamais été favorable à la définition des services des universitaires par leurs seules heures d’enseignement – 128 heures de cours magistral ou 192 heures de TD par an, suivant le décret de 1984 –, réclamait depuis vingt-cinq ans que la diversité des activités et les différences entre les disciplines fussent mieux reconnues, et que l’enseignement d’un universitaire pût être modulé au cours de sa carrière en fonction de la pertinence et de l’urgence de ses projets de recherche, afin d’en améliorer le rendement et la qualité. Mme Pécresse s’est laissée enfermer dans une conception de la modulation comme gestion des ressources humaines : si Mme X enseigne moins, alors M. Y enseigne plus.

    De fait, le décret de 1984 n’interdisait pas la modulation, et elle existe déjà un peu partout, aux marges du système. La seule justification incontestable du nouveau décret était de mettre fin au vide juridique dont témoignaient les observations adressées aux présidents des universités par les chambres régionales des comptes, en donnant une base réglementaire à leurs pratiques des décharges et à des traditions locales le plus souvent légitimes.

    la suite ici: http://www.qsf.fr/index.php?page=accueil 


  • L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES), dans un communiqué du 10 avril, vient de décider de ne pas évaluer les masters « métiers de l’enseignement » que Valérie Pécresse avait demandé aux universités de mettre en place. Ces masters devaient devenir un passage obligé, à la rentrée 2009, pour les étudiants souhaitant préparer les concours de recrutement de l’Education Nationale.

    Pourquoi un tel refus ?

    L’AERES a estimé que ces masters étaient en nombre trop faible pour être évalués : seule une dizaine d’universités (sur plus de 80) avait finalement fait « remonter » des propositions de masters au Ministère.

    Valérie Pécresse et Xavier Darcos comptaient sur une mise en concurrence effrénée des établissements qui devait mener chaque université à faire remonter sa proposition (ou « maquette »), de peur que l’université voisine ne le fasse, et n’attire, par là même, tous les étudiants souhaitant devenir enseignants.

    Mais c’était compter sans le refus catégorique des universitaires de participer à la mise en place d’un système qui attaque de plein fouet le service public d’Education Nationale. D’initiatives personnelles en accords régionaux, de décisions d’UFR en votes de conseils d’administration, le « blocage » de la remontée des masters s’est organisé tout au long de l’hiver, faisant fi des pressions des Ministères qui ne cessaient de reporter la date limite de remise des maquettes, dans l’espoir de gagner à l’usure contre des universitaires déterminés.

    Cette détermination s’explique aisément. Les universitaires ont compris le vrai sens de la « mastérisation ».

    Les concours seraient d’abord vidés de leur contenu disciplinaire, notamment pour permettre aux étudiants de les préparer tout en rédigeant des mémoires de master et en effectuant des stages. Les étudiants seraient interrogés sur « les programmes des collèges et lycées » et sur le « système éducatif » en général. Au lieu de prouver leur capacité à réfléchir et leurs connaissances disciplinaires, les étudiants devraient avant tout montrer qu’ils savent obéir à leur hiérarchie. Quant à l’année de stage rémunéré et de formation en alternance, elle disparaîtrait, privant ainsi les nouveaux enseignants d’une année de salaire et d’une année de cotisation à la retraite.

    En prétextant recruter les jeunes enseignants à Bac+5 afin de revaloriser leur salaire, le gouvernement souhaite avant tout réduire le nombre de fonctionnaires. Des bataillons d’étudiants « reçus » au master d’enseignement mais « collés » au concours, pourraient être recrutés comme contractuels (par exemple pour quelques heures de remplacement dans les collèges et lycées), sans obtenir un poste de titulaire. Les étudiants « mastérisés » iraient frapper aux portes des établissements, espérant être embauchés en CDD, voire en CDI, mais certainement pas comme fonctionnaires d’Etat, ce qui remet en cause l’indépendance et les conditions de travail des enseignants.

    La « mastérisation » institutionnaliserait la précarité d’enseignants moins bien formés.

    Valérie Pécresse et Xavier Darcos doivent comprendre qu’ils ne pourront pas mettre en place ce système inique. Si les universitaires ont pu bloquer la remontée des masters cette année, ils pourront le faire à nouveau les années suivantes. Si les Ministres souhaitent vraiment l’autonomie des universités, alors qu’ils entérinent la décision des universitaires de ne pas collaborer à la destruction du service public et à la précarisation de leurs étudiants.

    Cette réforme dangereuse et contestée doit être retirée. C’est l’une des conditions, non négociables, à la reprise des cours, que Valérie Pécresse appelle tant de ses vœux.

    Les porte-parole de la Coordination Nationale des Universités