• Acrimed

    publié le 8 avril 2009 par Henri Maler, Olivier Poche

    Le 18 mars 2009, il y a trois semaines, était publié ici même un article – « Le Monde et le mouvement universitaire » – dans lequel nous analysions la couverture du conflit dans les universités par un quotidien qui se dit et se veut « de référence ». Sans doute le pire est-il ailleurs, sur les chaînes de télévision et sur les stations de radio notamment. Mais dans le cas du Monde, quotidien d’opinion quoi qu’il en dise, le moins acceptable, du point de vue de la critique des médias, ce n’est pas son parti-pris (pour peu qu’il soit réservé à des commentaires), mais la tromperie sur la marchandise, car Le Monde est aussi une marchandise. Quelle tromperie ? « Des informations biaisées par des omissions flagrantes et des commentaires latéraux ; des analyses partisanes qui confirment et aggravent les biais de l’information », disions-nous.

    Et depuis ? Depuis, le mouvement a poursuivi sur sa lancée, et, sans surprise, Le Monde a fait de même. En pire : plus le mouvement dure, moins Le Monde s’y intéresse, et plus ses acteurs protestent contre Le Monde, plus Le Monde campe sur ses positions.

    la suite ici

  • On peut aussi la trouver en intégralité ici.


    La dernière version du statut des universitaires est-elle de nature à les «rassurer» ? C’est ce qu’affirme Valérie Pécresse, la ministre en charge de l’enseignement supérieur.

    Une nouvelle analyse, serrée, menée par un groupe de juristes auquel participe Olivier Beaud, professeur à Paris-2 Assas, réduit à néant cette affirmation. En voici le résumé par ses auteurs, publié ci-dessous.

    Elle prouve que le gouvernement, malgré son recul sur l’attribution des promotions pour moitié au Conseil national des universités - un recul que Valérie Pécresse regrette (voir son débat avec Jean Fabbri) - poursuit toujours son objectif initial. Un objectif lié à la loi LRU - libertés et responsabilités des universités - qui à modifié la gouvernance des universités dans le cadre d'un remodelage d’envergure du système universitaire.

    La suite ici: http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/04/statut-des-univ.html


  • Publié le 6 avril 2009 par Acrimed

    L’article d’Acrimed « Le Monde et le mouvement universitaire » a, semble-t-il, rencontré un large écho parmi les acteurs de l’université et de la recherche en lutte depuis de longues semaines : abondamment consulté sur notre site, mis en ligne sur de nombreux autres, diffusé sur diverses listes, notamment à l’appui d’une incisive, mais discutable « Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde  » (rédigée par Jérôme Valluy) [1]. De là cette lettre ouverte… [Acrimed]


    Lettre ouverte à nos amis des Universités

    Mobilisés contre les « réformes » gouvernementales, vous êtes nombreux – étudiants, enseignants, chercheurs, personnels administratifs – à vous indigner la façon dont la plupart des grands médias maltraitent votre action, vos positions et vos revendications. Nous partageons, évidemment, cette indignation.

    Les chaînes de télévision et les stations de radio diffusent une information raréfiée et anecdotique qui permet d’autant moins de comprendre les motifs et les objectifs de votre mouvement que cette information est biaisée par une interrogation non sur la politique du gouvernement, mais sur son comportement et sa stratégie de « communication ». Quant à la presse écrite, politiquement divisée, la qualité de l’information qu’elle diffuse est généralement proportionnelle au soutien que tel ou tel journal vous accorde. Aussi est-ce Le Monde qui, parce qu’il entretient une réputation illusoire de « référence » et de « neutralité », s’attire les critiques les plus vives ; des critiques qui prennent notamment appui sur un article publié sur le site de notre association : « Le Monde et le mouvement universitaire »

    Nous ne prétendons nullement dicter le bon usage des articles que nous publions. Et si ceux-ci alimentent éventuellement des prises de position que nous ne partageons pas ou pas complètement, au moins contribuent-ils à ouvrir le débat. Ainsi, nous n’avons jamais demandé le boycott d’un quelconque média. Tout simplement parce que ce n’est pas tel média particulier qui est en question, mais bien l’ensemble du paysage médiatique et du traitement des informations. C’est donc moins d’une « Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde » dont nous avons besoin [2] que d’une « Charte de bonne conduite à l’égard des médias ».

    Une telle charte devrait reposer sur un triple engagement :

    1. Pour une critique publique des médias

    Au nom des exigences de la recherche, il est de bon ton, parmi nombre de chercheurs, particulièrement en sciences sociales, de tenir en suspicion une critique des médias qui, sans déroger à des règles de rigueur et d’exactitude, ne craint pas de transgresser les limites de la bienséance académique et de descendre dans l’arène : une critique qui ne se protège pas en se bardant, au nom de la science (magiquement opposée à l’engagement politique), de précautions souvent plus opportunistes que méthodologiques.

    Si certains d’entre vous appuient aujourd’hui cette critique corrosive - la nôtre, en l’occurrence - parce qu’elle concerne leur mouvement, pourquoi ne le font-ils pas à d’autres moments et à d’autres propos ? Les enseignants-chercheurs sont dans la rue ? Fort bien. Et si la critique sociale et particulièrement la critique des médias y descendaient aussi ? Cela ne nuirait en rien à la qualité des publications proprement scientifiques. A moins que le souci de la respectabilité académique et de la notoriété médiatique ne l’emporte sur toute autre considération…

    2. Pour d’autres relations avec les médias

    Sous couvert de débat démocratique, il est admis comme allant de soi que l’on doive se prêter à son simulacre, en occupant les strapontins qui sont réservés aux contestataires dans les pages des tribunes libres et les médias audiovisuels.

    N’existerait-il donc que cette alternative : le boycott impuissant ou la participation complaisante ? Faut-il se résigner ou bien à se taire ou bien à accepter de s’exprimer à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions ?

    Par temps de mobilisations sociales, faut-il consentir, dans l’espoir illusoire de faire passer un message significatif en quelques secondes, à se laisser traiter en simples passants pour « micros-trottoirs » ? Faut-il accepter, sous couvert de transparence, d’attribuer aux journalistes un droit d’ingérence sans limites dans les délibérations démocratiques d’un mouvement et un droit de sélection de ses porte-parole ? Et de façon plus générale, faut-il accepter de jouer les figurants dans des « talk-shows » dont les modalités désamorcent par avance toute possibilité de vrai débat ? Faut-il contribuer à vernir de légitimité démocratique des journaux qui combattent jour après jour les opinions et les savoirs que l’on cherche à partager ?

    Plutôt que de se laisser séduire par des opportunités ponctuelles (quitte à se plaindre le lendemain de sa naïveté de la veille), voire de concourir dans la foire aux vanités individuelles, ne vaut-il pas mieux, amis des Universités, faire émerger un intellectuel collectif qui soumettrait les médias à son examen et saurait poser quelques exigences des acteurs mobilisés et des chercheurs spécialisés avant d’intervenir dans les médias ; un intellectuel collectif qui s’efforcerait de définir, avec les journalistes qui comprennent cette nécessité, les conditions de débats effectivement pluralistes ?

    3. Pour d’autres médias

    Au nom d’autres priorités ou d’urgences plus pressantes, la question des médias est souvent considérée comme subalterne ou, au gré des questions sociales et politiques à l’ordre du jour, réduite à un problème de choix entre les médias eux-mêmes.

    Une critique conséquente des médias ne peut se borner à faire le tri entre les « bons » médias qui soutiennent la contestation en cours et les « mauvais » qui la combattent, et préconiser le boycott des seconds… quand la plupart pourraient l’être en d’autres occasions ou sur d’autres sujets. Boycotter Le Monde pour soutenir Libération ? Comme s’il ne s’agissait que de préférer un parti-pris à un autre… N’y aurait-il donc que cela à dire ou à faire ?

    Qui ne voit que c’est l’ensemble de la couverture des questions sociales et des mobilisations qui, en tenant compte des différences observables entre les médias et selon les sujets, doit être contesté ? Question de cohérence, mais aussi de solidarité, du moins si l’on ne veut pas s’en tenir à des critiques occasionnelles et sectorielles, voire corporatives.

    Qui ne voit que c’est l’ensemble de l’ordre médiatique et des conditions d’activité des journalistes qui est en cause ? C’est cette question qui - avec les journalistes et leurs syndicats, avec les médias associatifs, avec les syndicats, les colelctifs, les associations - doit être à l’ordre du jour. Une question politique, donc, au même titre que celle de l’avenir de la Recherche et de l’Université.

    Acrimed, le 6 avril 2009.

    Notes

    [1] Consultable sur plusieurs sites dont « Universités en lutte ».

    [2] Et que nous ne discutons pas ici pour elle-même, notre propos étant plus général.


  • La mobilisation des enseignants chercheurs et des étudiants ne faiblit pas. Neuf semaines après le début du mouvement contre les réformes universitaires, et une dizaine de manifestations plus tard, à Paris, ils étaient encore, jeudi 2 avril, de 7 000 à 25 000 selon les sources à défiler, très déterminés, à l'appel de la coordination des universités, des syndicats, des collectifs Sauvons la recherche et Sauvons l'université. Malgré plusieurs reculs du gouvernement, les revendications initiales demeurent.

    Professeur agrégé de mathématiques à Paris-IV-Sorbonne, Pascal Boldini refuse d'être pris pour un jusqu'au-boutiste : "Pécresse a lâché sur les promotions : le passage d'un enseignant-chercheur à un échelon supérieur sera décidé à égalité par le conseil national des universités et son université au niveau local, et pas uniquement par cette dernière, souligne-t-il.Elle a aussi donné des garanties sur la modulation - répartition de notre temps de travail entre enseignement, recherche et tâches administratives." Mais, précise cet enseignant,"ce que nous voulons c'est le retrait de la modulation qui constitue une atteinte à notre statut. Nous refusons aussi l'évaluation individuelle. Elle n'a aucun sens. Le travail en laboratoire est collectif."

    La suite ici: http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/04/03/universites-le-mouvement-perdure-contre-la-logique-de-gestion-liberale-des-facs_1176220_3224.html


  • Par Elsa Dorlin , MCF philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

    Depuis le mouvement anti-CPE au printemps 2006, les sites universitaires mobilisés contre les réformes gouvernementales portant atteintes aux missions de l’université et de la recherche publique, font l’objet d’une surveillance rapprochée non seulement de la part des forces étatiques de maintien de l’ordre, mais également de la part d’entreprises privées de sécurité, spécialement recrutées à cet effet. La Sorbonne est à ce titre un cas exemplaire, témoignant de la mise en place d’une politique inédite, prenant pour cible la population universitaire (étudiantEs, personnel BIATOSS, personnel enseignant), au nom de la préservation de l’intégrité des « biens et des personnes » du site. Véritable laboratoire d’un nouvel assujettissement académique, la Sorbonne est soumise à un quadrillage sécuritaire ayant pour but de neutraliser et d’épuiser le mouvement de contestation qui s’y déploie depuis plus de deux mois. Depuis plusieurs semaines, donc, la communauté universitaire entre à la Sorbonne sous haute surveillance : accueillie par une haie inquiétante – à l’extérieur, les gardes mobiles et/ou les CRS, à l’intérieur, les agents de sécurité du Rectorat et les agents privés de Centaure Sécurité.

    Si la Mairie de Paris est bien propriétaire de la Sorbonne depuis 1852, en revanche c’est la Chancellerie – le Rectorat de Paris – qui a la charge de la gestion du lieu et des bâtiments. Elle fait ainsi appel à des entreprises privées de sécurité pour seconder les appariteurs (rattachés aux universités), les pompiers, comme ses propres agents de sécurité assermentés. Au moins depuis les évènements de mai 1968, les ministres de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche ont toujours rechigné à envoyer les forces de maintien de l’ordre dans l’enceinte même des établissements relevant de leur autorité. Depuis plusieurs années, à cette règle de prudence (et, tacitement, de droit) s’est substituée une nouvelle philosophie sécuritaire dont l’objectif est tout autant le contrôle de la communauté universitaire, et plus particulièrement de la population estudiantine réputée particulièrement délicate à gouverner, que la production d’un nouvel assujettissement académique, au nom de la « prévention des risques ».

    La suite ici: http://www.mediapart.fr/club/blog/elsa-dorlin/020409/la-sorbonne-contre-les-centaures-politique-de-maintien-de-l-ordre-et-no