• « La recherche universitaire est noyée dans l’administratif » - Le Mensuel de l'Université

    Entretien avec Sylvia Faure,  professeur à l’Université Lumière Lyon 2, membre du GRS (Groupe de recherche sur la socialisation). Elle revient sur les difficultés que rencontrent actuellement les enseignants-chercheurs confrontés à l’augmentation des tâches administratives qui leur sont confiées, faisant passer la recherche au second plan et aboutissant à une transformation de leurs missions et de la perception que l’on a de leur métier.



    LMU : Comment définiriez-vous l’« ethos » académique (ou éthos de l’enseignant-chercheur) ?

     
    Cet ethos renvoie à l’histoire de la profession d’enseignant-chercheur à l’université. Les fondements de cette profession s’appuient sur le travail scientifique ou encore la recherche, pôle central autour duquel prend sens l’enseignement et la transmission aux étudiants. L’ethos, qui renvoie également à l’idée de travail bien fait, repose sur l’idée d’un engagement fort dans la recherche(1) et sa valorisation. Diverses missions, plus « administratives », s’adjoignent à celle-ci mais aussi à l’activité et aux responsabilités relatives à la vie au sein des établissements.
    Tout le parcours de formation de l’enseignant-chercheur (qui doit au minimum avoir un niveau BAC + 8), se constitue autour de cette idée que c’est la recherche ainsi que les capacités des personnes à être d’excellents chercheurs et à prouver auprès de leurs pairs qu’ils savent publier, mener des recherches et travailler en collaboration – qui constituent « le » principe fondamental.



    LMU : Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée de la réforme LMD ?


    Le LMD a joué le rôle d’un révélateur et même d’un accélérateur d’une crise qui était sous-jacente au métier d’enseignant-chercheur. L’équilibre au sein de l’université n’a en effet cessé de s’appauvrir alors que l’on assistait, a contrario, à une « massification des publics étudiants ». Conséquence de ce phénomène, la recherche est passée au second plan ; les enseignants chercheurs ont vu s’accroître les tâches d’administration, relevant du contrôle administratif de leur travail, avec une multiplication des responsabilités, des tâches d’écriture (dossiers, maquettes, etc.).
    Par ailleurs, pour tous ces publics divers et variés, – pas forcément armés scolairement pour faire face aux logiques du travail universitaire –  le LMD n’a pas apporté les réponses attendues, ni suffisantes mais a plutôt été perçu comme un « cap administratif », l’idée étant de se mettre au diapason de tout ce qui se fait en Europe, et non comme une réponse concrète à un malaise qui existait déjà au sein des universités.
    Cette réforme a instauré un cadre purement « fonctionnel » ; une logique gestionnaire s’est mise en place, créant ainsi un décalage entre cette exigence et les moyens dont nous disposions réellement.



    LMU : Pensez-vous que cette réforme LMD mais aussi la loi LRU accentuent cette crise que rencontre  l’ « ethos »  académique ?

     
    Oui, car le LRU n’est que la continuation, le relais de ce qu’avait déjà été mis en place par la réforme LMD. Nous avons le sentiment d’être à la merci d’une logique administrative et gestionnaire qui ne tient pas du tout compte du travail effectué par les enseignants-chercheurs. Une fois de plus, cette loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) est une réponse politique qui balaye la réalité du métier et les conditions dans lesquelles on exerce ce métier dans les universités. L’ethos – que constituent un ensemble de valeurs – est ainsi mis à mal par un certain nombre d’évolutions structurelles.


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