• LA SORBONNE REJOUE MAI 68 - ParisMatch

    La plus vieille université française entame sa quinzième semaine de grève. Un mouvement national contestataire et contesté

    Pesque toutes les mains se lèvent. Il est 13 heures dans l’amphithéâtre Richelieu en Sorbonne, ce jeudi 7 mai. «Les RG ne prennent pas part au vote», plaisante le professeur Pascal Boldini, le chef d’orchestre de l’assemblée générale qui réunit Paris-I et Paris-IV. Sous l’œil du cardinal et de Socrate, dans ce lieu prisé par les touristes japonais, plus de 600 étudiants, enseignants-chercheurs et administratifs, assis sur les bancs en bois et massés dans les travées, viennent de reconduire la grève. L’assistance s’époumone, en canon, sur son refrain de ralliement: «La Sorbonne, elle est à nous. On s’est battu pour la garder. On se battra pour la garder.» La filiation à Mai 68 signalée, la quinzième semaine de grève commence. Sous les applaudissements.

    Paris-IV, une université à la réputation pourtant conservatrice avec ses 23 000 étudiants en histoire, lettres, ou philosophie, figure parmi les principaux foyers de contestation aux réformes du gouvernement. «D’abord parce que Paris IV est l’une des premières facs à préparer aux concours de l’enseignement, explique Maxime Lounas, vice-président étudiant et membre de l’Ageps, le syndicat majoritaire. Et aussi car le président a encouragé le mouvement.» Georges Molinié, élu l’an dernier contre le sortant Jean-Robert Pitte à la tête de Paris IV, le reconnaît d’ailleurs volontiers: «J’ai été l’un des présidents qui a eu le moins peur de dire ce qu’il se passait. Les phrases méprisantes de Nicolas Sarkozy et de Xavier Darcos, écoutées en boucle dans les labos, ont braqué le corps universitaire dans une unité inédite. Outre le décret sur le statut des enseignants-chercheurs, la réforme de la formation des enseignants fait durer le mouvement. D’autant que le gouvernement enchaîne les fausses reculades!».

    «JE N’AI JAMAIS VOTÉ À GAUCHE. JEFAIS GRÈVE POUR LA PREMIÈRE FOIS»

    Dans l’amphi Richelieu résonne un constat similaire. Devant l’estrade, une vingtaine de personnes — dont une poignée opposée à la grève — se succèdent, micro en main, pendant trois minutes maximum. Leurs paroles, transcrites simultanément sur ordinateur, sont projetées sur grand écran, comme une volonté de fabriquer, à chaud, des archives. Ils ont entendu les propos contre les «quelques extrémistes» tenus la veille par François Fillon, lors de la fête pour les deux ans de la victoire de Nicolas Sarkozy: «Je dis à la petite minorité qui bloque les universités et qui use de la violence qu’elle est coupable de gâcher l’avenir d’une majorité des étudiants de notre pays.» Nicolas, étudiant en philosophie, avec son brassard jaune «Sorbonne en grève», répond devant un auditoire conquis: «Oui, il y a des gens d’extrême gauche dans cette salle. [Rires de la salle.] Oui, il y a des gens contre Sarko dans cette salle. [Rires.]» Pendant que la caisse de grève (un bonnet noir qui se remplira de 250 euros pour financer banderoles et tracts) passe de main en main, Benjamine captive l’amphi. Cette maître de conférence, agrégée d’anglais, lance: «Je n’ai jamais voté à gauche. Je fais grève pour la première fois», avant de dénoncer, dans un discours enlevé, les conséquences des réformes engagées.

    La question des examens ponctue les interventions. La neutralisation du semestre, avec une licence validée en cinq semestres, au lieu de six, est évoquée. Georges Molinié n’a pas de réponse: «On me pousse à envoyer la police pour faire sauter les piquets de grève! Que les examens se tiennent en juillet, ou en septembre, ne résoudra pas le fait que les cours n’ont pas eu lieu. C’est la faute du gouvernement.» Il est presque 14 heures, l’AG prend fin. Dix minutes et un sandwich plus tard, les grévistes se retrouvent sur la place du Panthéon pour une «ronde des obstinés»

    Source: http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/La-Sorbonne-rejoue-mai-68-96426/ 


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