• La Sorbonne s'enfonce - Le Figaro

    Alors que la célèbre faculté reste bloquée, la responsabilité de la crise est imputée, par beaucoup, à son président. Mais par-delà les oppositions personnelles, se joue symboliquement une part de l'avenir des universités françaises.

    Dans la petite rue de la Sorbonne, un attroupement s'est formé devant la seule porte donnant accès au dédale de salles et de couloirs de la plus vieille université de France. Derrière les vigiles impuissants, un amas de chaises et de tables, gardé par une dizaine de jeunes gens auxquels font face des professeurs et des étudiants consternés. Une jeune fille s'éloigne, en larmes. On est le mercredi 13 mai. Les cours n'ont pas eu lieu depuis quinze semaines et le délai pour l'organisation des examens est dépassé. Paris-IV ne validera pas son semestre. Ne reste plus aux étudiants qu'une hypothétique validation automatique, qui ferait peser des doutes sur la qualité des diplômes. Alors que la plupart des universités françaises ont repris le travail et s'emploient à rattraper le temps perdu, Paris-IV s'enfonce dans la crise.

    Déjà, le problème dépasse largement la question du semestre sacrifié. Ce mouvement larvé met désormais en péril l'année 2009-2010 et, à long terme, l'image de la prestigieuse faculté des lettres et des sciences humaines. Les partenariats engagés avec des universités étrangères pour l'accueil de leurs étudiants sont, pour l'heure, compromis. Pis, une université américaine a d'ores et déjà réclamé le remboursement des frais consentis pour ce semestre. D'autres risquent de suivre. S'y ajoutent le remboursement d'une partie des frais de scolarité des 24 000 étudiants, qui ne tarderont pas à faire valoir leurs droits, et la baisse prévisible de 25 % des demandes d'inscription pour la rentrée 2009 : le budget de Paris-IV n'y survivrait pas.

    Qui porte la responsabilité du désastre ? «Le gouvernement est seul fautif, répond Guillaume, étudiant en histoire, qui soutient encore le mouvement. Il a clairement joué le pourrissement du conflit, et refusé toute négociation.» Même son de cloche chez les Ater (attachés temporaires d'enseignement et de recherche), qui distribuent des tracts place de la Sorbonne.

     

    Des enseignants divisés

     

    Un peu court pour expliquer une situation bloquée, une communauté enseignante divisée et des étudiants excédés, qui crient à longueur de blog sur Internet leur colère devant les salles fermées et les cours annulés. Si la Sorbonne fut, lors des précédents mouvements du monde universitaire - sur le contrat première embauche comme sur la loi LRU - le théâtre d'épisodes violents, allant jusqu'à la dégradation d'ouvrages anciens par des groupes anarchistes, rien ne laissait présager l'actuel champ de ruines. Et beaucoup de ceux qui s'opposaient à la première mouture du décret sur le statut des enseignants-chercheurs, et à la refonte des concours de recrutement des professeurs, marquent aujourd'hui leur hostilité à ce nihilisme mortifère. Laurent Cugny, professeur de musicologie, évoque ainsi sa consternation et sa lassitude devant les innombrables assemblées générales : «Je ne vais pas à la messe le dimanche, ironise-t-il, ce n'est pas pour y aller le lundi. Nous sommes dans l'ordre du religieux, et cette thèse selon laquelle toute modification du statut actuel nous ferait basculer dans un autre système est de l'ordre de l'irrationnel. Tout cela relève en fait d'un pessimisme radical, doublé d'une carence profonde dans le dialogue social.»

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