• Le gouvernement à l’assaut de l’Internet

    Quitte à y mettre le prix.

    Vincent Ducray, jeune conseiller Web du porte-parole Luc Chatel, a convoqué, voilà quelques jours, ses homologues de plusieurs ministères. Une première , rapportée par « Le Figaro ». Ils n’étaient qu’une dizaine, mais leur nombre devrait vite augmenter. Duvray était chaperonné pour l’occasion, par Franck Louvier, le patron de la com ’ de Sarko.

    La feuille de route des « webmen » du gouvernement a été précisée. Primo, mettre en place des cellules de veille de l’Internet, comme l’avait fait Darcos à l’automne, déclenchant une polémique sur le flicage des blogs. Secundo, créer un réseau de manière à disposer de relais sur la Toile. Tertio, agir pour faire reluire l’image de leurs ministres et de leurs projets. Le ministère de l’Education a été cité en exemple ainsi que celui de la Recherche. Confrontée à la colère des chercheurs, particulièrement experts dans le maniement du Net, l’équipe de Valérie Pécresse a mené une contre-attaque qui devrait faire école.

    LUTTE DE SITES

    Le moteur de recherche Google classe automatiquement les sites Internet par ordre de notoriété : les plus visités d’abord, les boudés en bas de la liste. Résultat, au plus fort de la crise, les sites des opposants virulents se sont retrouvés au pinacle, et celui du ministère relégué dans les bas-fonds. Mais il existe une parade : en achetant des « mots-clé » à Google, la bonne parole du ministère peut apparaître en haut de la liste, dans les espaces publicitaires du moteur de recherche avec la mention « lien commercial »« On n’a pas trouvé mieux » explique au « Canard » un participant. Et un autre de préciser : « l’idée, c’est que quand tu tapes le nom du ministre, tu ne te prends pas cinquante sites négatifs avant »

    Le ministère de la Recherche a donc dépensé plusieurs dizaines de milliers d’euros dans l’affaire

    . Pour un résultat qui n’est pas nul. La fréquentation de son site aurait augmenté de 30%. Du coup, quand l’internaute tape « enseignant-chercheur », il tombe droit sur le site officiel du ministre. La parole des opposants est, elle, rabaissée. Sans susciter l’ire des syndicalistes, ce qui est tout bénef.

    Le ministère de la Santé aurait déjà utilisé cette méthode, de même que le ministère du Travail. Elle devrait vite s’étendre pour ne pas laisser les anti-Sarko régner sur le Net.

    L’UMP avait rodé ces cyber-armes sous la houlette de Franck Louvrier, en novembre 2004, avec la « Net escouade »d’Arnaud Dassier, alors chargé de mettre le parti à l’heure numérique. Ce qui vaut pour la propagande du parti de Sarko vaut bien pour celle de son gouvernement.

    Jean-Michel Thénard

    Source :

    Le canard enchaîné du mercredi 1er Avril 2009 
    94 ème année N°4614 

    Journal satirique paraissant le mercredi 


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