• Le suicide de l'université - Le Point

    Silence sur les ondes et dans les rangs ! Alors qu'un mouvement de grève d'une ampleur inégalée a paralysé les universités françaises de février à juin 2009, la rentrée est « sereine », affirme Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui ajoute : « Il n'y a pas eu d'évitement des universités par les bacheliers. Nos universités résistent à la baisse tendancielle du nombre des étudiants dans notre pays. » L'Unef, de son côté, s'inquiète de la hausse des droits d'inscription, du coût de la vie étudiante et demande des crédits d'urgence pour la rentrée. Rien que de très habituel. Comment expliquer qu'un mouvement de grève d'une telle ampleur accouche d'un tel silence à l'égard de l'avenir d'une institution qui accueille 2,2 millions d'étudiants et prépare l'avenir du pays ? L'hypocrisie généralisée des « élites » politiques et syndicales suffit largement à en rendre compte.


    Tout d'abord, la France est le pays où l'enseignement supérieur se développe le plus à l'extérieur des universités, dans les classes préparatoires, dans les grandes écoles, dans les IUT, les BTS et, de plus en plus, dans des formations privées et payantes qui prospèrent dans une totale anarchie. Ainsi, hors IUT et IUFM, le nombre d'étudiants inscrits dans les universités est passé de 1 312 000 en 2003 à 1 223 000 en 2008. Surtout, le pourcentage de bacheliers, tous baccalauréats confondus, s'inscrivant à l'université a chuté en dix ans de 44,5 à 34 %. La cause essentielle de ce mouvement, hypocritement masqué, est que, par pure fiction, le baccalauréat, qu'obtiennent tous ceux qui le passent ou presque, reste, selon son statut de 1808, le premier grade universitaire délivré par des jurys toujours présidés par des universitaires. Ainsi, aucun gouvernement n'ose remettre en question le sacro-saint principe d'une non-sélection à l'entrée à l'université. Une université qui est dans l'obligation d'accueillir tous les bacheliers alors que, dans le même temps, les autres formations supérieures, classes préparatoires, IUT et BTS compris, sont libres de sélectionner leurs étudiants en fonction de leur capacité d'accueil ! Ainsi encore, les BTS accueillent aujourd'hui plus de bacheliers « classiques » que de bacheliers « professionnels », imposant aux universités le devoir d'accueillir ces derniers, que rien n'a préparés à des études universitaires longues ! En conséquence, l'université est devenue-sauf pour ses filières sélectives comme le droit et la médecine (35 % du total des choix des bacheliers)-la « voiture-balai » de l'enseignement supérieur. Il faut rappeler, en effet, que la France est le seul pays développé à consacrer moins d'argent public à un étudiant (8 970 euros en 2008) qu'à un lycéen du second degré général (10 240 euros) et nettement moins qu'à un étudiant des filières « sélectives » où se pressent les enfants des milieux aisés ou instruits de cette hypocrisie généralisée (13 880 euros pour un étudiant en classe préparatoire).


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