• Les « Refondateurs » : renouveau ou coup d’épée dans l’eau?

    Après des semaines de conflit, le mouvement universitaire du printemps 2009 semble désormais toucher à sa fin. Conscients d’avoir selon leurs propres mots « perdus une bataille », certains universitaires souhaitent rebondir pour ne pas perdre la guerre. Pour contrer le gouvernement ces « Refondateurs » se placent sur le terrain intellectuel et souhaitent fédérer une communauté universitaire malgré tout encore très atomisée. Le chemin emprunté semble cependant long et difficile.

    Quatre jours après leur appel lancé dans Le Monde (16 mai 2009), les instigateurs du Manifeste pour la refondation de l’Université, avec à leur tête Marcel Gauchet, Olivier Beaud, Alain Caillé et François Vatin, pouvaient être fiers de leur coup : plus de 4 000 signataires en seulement quelques heures et une réaction ministérielle, aussitôt qualifiée par leurs soins de « récupération. »

    Début d’un « véritable » débat, selon eux, sur l’avenir de l’Université, ce manifeste se veut le fruit de la réflexion d’une quinzaine de chercheurs, de différents horizons et sensibilités.

    Mais il est aussi l’amorce de ce qu’Alain Caillé a qualifié  de « seconde phase » de la mobilisation. « On a voulu faire autre chose, adopter une démarche d’analyse et de proposition. C’est une bataille intellectuelle après le combat plus classique des grèves et blocages» a tenu à préciser Marcel Gauchet avant de saluer que c’est « la première fois depuis longtemps que les universitaires travaillent et pensent sur ce sujet. »

    Largement inspiré par le tout nouveau numéro de la revue du MAUSS*, le manifeste débattu ce mercredi 20 mai 2009 devant un parterre d’universitaires, dresse les grandes lignes d’une réflexion souhaitée des universitaires sur leur propre institution.

    Dans l’amphithéâtre bondé de l’EHESS, les quatre chercheurs n’ont pas mâché leurs mots pour dénoncer la politique « néo-libérale » du gouvernement, la « propagande », journalistique et pour appeler au rassemblement de tous leurs pairs autour de ce grand débat, question de « vie ou de mort » pour l’Université a insisté Alain Caillé.

    N’est-ce pas trop tard ?

    Pourtant, si la bonne volonté des instigateurs de cette nouvelle phase du mouvement ne fait aucun doute, les moyens d’arriver à leurs fins semblent limités. Rien ne garantit que le gouvernement prenne la mesure de leurs propositions et cela d’autant plus qu’un texte définitif et suffisamment consensuel mettra du temps à voir le jour, surtout sans échéance précise.

    « Le manifeste n’est pas l’explosion mais seulement le détonateur » a insisté Marcel Gauchet, qui comme ses co-signataires souhaite faire de la collégialité et du consensus les pierres angulaires de ce nouveau débat.

    Dans ces conditions, les difficultés apparaissent d’emblée dans cette communauté universitaire qui n’a de communauté véritablement que le nom tant les divergences sont importantes, même entre signataires. « On ne se connaît pas entre nous » avoue Alain Caillé face aux intervenants de la salle, tous d’accord sur le fait qu’il faudra à terme se mettre d’accord mais encore bien souvent incapables d’en trouver les bases, comme sur la question de la sélection à l’entrée de l’université.

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