• Les soutiers de l'université - le Monde

    En dix minutes, son sort a été scellé. Michelle (le prénom a été modifié) ne fera pas sa rentrée à l'université de province où elle enseignait depuis deux ans. L'affaire s'est réglée entre deux portes, fin juin. "Vos heures ne seront pas renouvelées, en septembre", lui a asséné le responsable du département de langues. On ne s'embarrasse pas d'explications avec les enseignants "non permanents" comme elle.

    Avec sa mise élégante, son doctorat et ses publications, Michelle faisait illusion dans les colloques. "On me présentait comme Madame X, de l'université Y", se rappelle-t-elle. Pourquoi dévoiler ce que "la civilité universitaire" ne veut pas voir ? A quoi bon faire resurgir "la honte d'avoir décroché tous les diplômes et de ne pas avoir un vrai poste" ? Pendant une bonne dizaine d'années, Michelle n'a rien dit : les cinq ou six universités qui l'ont employée, les horaires "bouche-trous", "les cours que les titulaires ne veulent pas faire" et les 1 500 euros net par mois.

    La mobilisation des enseignants-chercheurs au printemps a été le déclic. "Je comprends qu'ils défendent leurs statuts, mais je regrette qu'il ne nous ait pas associés au mouvement", explique-t-elle. Alors elle a voulu parler et puis, très vite, la peur l'a fait renoncer à avouer son ras-le-bol au grand jour.

    A côté des 57 500 enseignants-chercheurs qui bénéficient du statut de fonctionnaires, combien sont-elles, ces petites mains de l'université qui, comme Michelle, cohabitent dans l'ombre des maîtres de conférence et professeurs d'université titulaires ? Personne ne le sait vraiment. Le ministère de l'enseignement supérieur recensait en 2007-2008, près de 23 000 enseignants "non permanents", soit 26 % des personnels enseignants (hors disciplines médicales et odontologiques).



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