• Portrait de lutte (4/15). Clèves générale - L'humanité

    Héritier revendiqué de l’école de la République, Éric Pellet, professeur de lettres à Paris-XII, renverserait bien ce gouvernement pour installer une princesse à la tête de l’État. En plus, il n’a pas honte.

    Funambule lâché dans une foire d’empoignes, le grammairien se tient en équilibre sur la corde. Aux extrémités, de part et d’autre, deux équipes de gros costauds, tendus comme des arcs, tirent et tirent encore. Il y a les « réacs » qui éructent : « Vive la langue de grand-papa, gloire à sa petite musique si précieuse à nos oreilles ! » Et les « chébrans » beuglant : « Grammaire, ta mère ! Jouissons du français sans entraves ! » Et au beau milieu de la furia, voilà Éric Pellet, professeur de lettres à l’université Paris-XII Créteil, qui tente de rester sur sa ligne de crête : « La grammaire doit être à la fois défendue et modernisée, préconise-t-il, parce qu’avec les mathématiques, elle est la discipline qui donne le plus tôt accès à l’abstraction et qu’elle exerce la pensée critique de l’élève. On a l’air de s’éloigner des mouvements sociaux. Mais, en fait, c’est sans doute plus proche qu’on ne le pense des valeurs défendues par le mouvement des universités. »

    Retour en arrière. À la fin des années 1980, après cinq ans à exercer dans un collège rural de Seine-et-Marne, Éric Pellet retourne à la fac comme attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER), un poste payé des clopinettes, mais avec des crédits sur le dos, il ne tient pas le coup financièrement. Comme il veut s’occuper de ses quatre enfants, il accepte un poste de professeur agrégé (PRAG), il fait deux fois plus d’heures de cours que les autres, maîtres de conférences ou professeurs d’université, et n’a que peu de temps pour se livrer à la recherche. « Les PRAG, ce sont, depuis une vingtaine d’années, les soutiers de l’université, le ver dans le fruit en termes de statuts », soupire-t-il. Depuis lors, l’homme qui, à cinquante et un ans, ne désespère pas de faire sa thèse un jour écrit des manuels scolaires et jongle à Paris-XII Créteil entre ses cours de littérature française du XXe siècle, de stylistique, de linguistique et, donc, de grammaire.

    Il y a certes de l’humus sur le parcours mais, à trop vouloir sonder autour des racines, on raterait l’essentiel : les bourgeons apparus et les fleurs épanouies lors d’une saison longue et féconde, qui a écrasé l’hiver et s’est retirée avec l’été, lors de ce « printemps des universités », un mouvement inouï, si massif, si profond qu’il fut parfois souterrain, maintes fois enterré par le gouvernement et ses complices dans la presse. Ni porte-parole de ce soulèvement insaisissable, ni tête d’affiche d’un élan d’abord collectif, Éric Pellet n’en reste peut-être que le parangon. Entre vive inquiétude, colère rentrée et grande détermination, il figure dans la bonne moyenne, un universitaire parmi d’autres, sans histoire, sauf celle du combat contre les « réformes » du gouvernement. « On se retrouve face à des ministres très habiles qui nous bombardent de projets, témoigne-t-il, et c’est encore plus subtil : dans l’opération, il y a des petits et des gros pétards, des bombinettes et un très gros obus à fragmentation que personne ne voit au premier coup d’oeil. »

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