• « Pour vous le CNRS, c’était un rêve, un idéal ? » Verbatim du « colloque » organisé pour les 70 ans du CNRS - Elie Haddad (CR, CNRS) pour SLU

    Le lundi 19 octobre 2009 était organisé, sous le haut patronage du président de l’Assemblée nationale, un « colloque » intitulé « La recherche, une passion, des métiers : construire l’avenir ». A l’origine de cette journée, le Comité pour l’histoire du CNRS présidé par André Kaspi, historien, professeur émérite à la Sorbonne, dont les recherches ont surtout porté sur les Etats-Unis contemporains. Après les allocutions officielles, le colloque se divise en 5 temps : une conférence sur l’histoire du CNRS, trois tables rondes (« Les métiers de la recherche », « La dimension internationale », « Le dialogue science/société »), et pour finir un témoignage et les conclusions.

    Il est nécessaire d’aller dans ce genre de lieux où les managers de la recherche discutent paisiblement entre eux sans qu’aucun écho des luttes et des oppositions des dernières années vienne déranger leur sérénité de réformateurs sûrs d’eux-mêmes et pénétrés de leur propre importance. Et il est nécessaire de faire savoir les conceptions de la recherche et de l’enseignement supérieur qui s’y expriment et qui président aux réformes actuelles. Entendre les propos tenus par des collègues ou d’anciens collègues autant que par des politiques, c’est entendre, au-delà des slogans habituels de la communication à destination des medias, les orientations fondamentales données aujourd’hui à la recherche et à l’enseignement supérieur en France. Il ne sera pas possible, lorsque les effets des réformes se feront pleinement sentir, de dire que nous n’avions pas les moyens de savoir ce qui se passait. D’où ce long verbatim commenté, dans lequel les propos retranscrits sont en caractère droit et les commentaires en italiques.

    Le colloque s’est tenu dans la grande salle Victor Hugo du bâtiment de l’Assemblée nationale situé au 101, rue de l’Université, qui accueille nombre de manifestations. La salle n’était pleine ni le matin, ni l’après-midi. Pourtant, plusieurs personnes ont été refusées lors des inscriptions qui étaient dites libres, dans la limite des places disponibles. Y a-t-il eu des désistements ? Un tri a-t-il été effectué ? A l’entrée, un dossier comprenant le dernier numéro de la Revue pour l’histoire du CNRS (n°24), le dernier numéro du Journal du CNRS (n°237), un programme détaillé, une présentation des « partenaires » des 70 ans (Air Liquide, Bayer CropScience, Casden, Essilor, Orange, Pierre Fabre, Sanofis aventis, Cinaps, Mon Quotidien, LCI, France Inter), un bloc de post-it et un « magnet », ainsi que deux DVD produits par le CNRS, sont remis à chacun des assistants. La moyenne d’âge est d’environ 50-55 ans. L’assistance est majoritairement composée de directeurs d’études ayant d’autres charges dans l’encadrement ou l’administration de la recherche.

    À la tribune se succèdent, outre les officiels, 25 personnes (Dominique Pestre, annoncé pour la table ronde « Le dialogue science/société » n’est pas venu. Aucune explication n’a été donnée), 20 hommes et 5 femmes. Sur ces 25 personnes, 4 viennent des SHS (dont on verra plus loin quelle est leur place), 5 sont des administrateurs et les 18 autres sont physiciens ou biologistes. S’y ajoutent un journaliste et un député. Aucun mathématicien, et il ne sera pas une seule fois question de cette discipline dans toute la journée. Pour « animer » celle-ci, Fabienne Chauvière, journaliste à France Inter, qui évoque à plusieurs reprises le « moment historique » que nous vivons, et questionne, lors des tables rondes : « pourquoi avez-vous choisi le CNRS ? », « pour vous, le CNRS, c’était un rêve, une passion ? ». D’une manière générale, il faut souligner la grande faiblesse du niveau des débats qui n’ont, à aucun moment, montré si les personnes présentes avaient déjà réfléchi aux questions posées.

    Ce verbatim présente les rubriques suivantes (les propos cités sont empruntés aux participants) :

    1. « Une inépuisable source de progrès » : C. Bréchignac, V. Pecresse, B. Accoyer

    2. L’histoire serve du CNRS : A. Kaspi, D. Guthleben

    3. « Un chercheur a la même carrière qu’un général trois étoiles, à la différence des primes ». Table ronde sur les métiers de la recherche

    4. Le système Oui-Oui. Table ronde sur la dimension internationale

    5. Les hauts sommets. Table ronde sur le dialogue science /société. Témoignage sur la direction générale de la recherche et de la technologie. B. Bigot

    6. « On sait très bien quels sont les leaders et quels sont les suiveurs ». Conclusion d’A. Migus et clôture de C. Birraux.

    1. « Une inépuisable source de progrès »

    Ouverture du colloque. Catherine Bréchignac, présidente du CNRS

    C. Bréchignac commence par dire que célébrer un anniversaire n’a de sens que pour penser à demain. Revenant sur l’article 4 du décret de fondation du CNRS, elle rappelle que celui-ci était alors divisé en deux sections, la première consacrée à la recherche pure, la seconde à la recherche appliquée. Les deux types de recherche ont donc toujours fait partie des missions du CNRS : coordonner, financer et mener la recherche, pour la science, pour l’industrie et pour la société.


    La suite ici: http://sauvonsluniversite.com/spip.php?article3067