• Quelle Europe pour l’université ? - Mediapart/SLU 27 Mai

    Appel aux candidats, partis politiques, collectifs et citoyens pour que la campagne des élections européennes pose enfin la question de l'enseignement supérieur et de la recherche. Loin des bonnes intentions et lieux communs habituels, dix questions posées aux candidats par Sauvons l'université.

    Aujourd'hui, nous, universitaires français, excédés par plusieurs mois de manipulations et par le processus de destruction des savoirs et de nos métiers, le mépris souverain de nos gouvernants pour la formation de citoyens éclairés et pensants, nous demandons aux candidats aux élections du Parlement européen du 7 juin de prendre clairement position contre le dévoiement des missions de l'université, dissimulé sous une novlangue managériale incompatible avec un véritable enseignement et une véritable recherche.

    Dans le processus de Bologne, l'Europe s'est engagée à développer ce qu'elle a appelé «la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde», en réalité la seule «économie de la connaissance». Pour cela, l'Europe a choisi d'appliquer les techniques managériales de gestion et d'évaluation aux secteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche, la «méthode ouverte de coordination» (MOC). Cette méthode confère un rôle primordial aux conseils intergouvernementaux, à la Commission européenne dans la définition des orientations et les processus de décision, mais en exclut le Parlement et la Cour de Justice. Est-il acceptable que de telles questions échappent à la représentation populaire européenne ?

    L'application des techniques managériales à la gestion de toutes les structures d'enseignement et de recherche conduit ainsi à l'instrumentalisation de la notion de«connaissance» dans une perspective purement économiciste. Sous couvert d'harmonisation, elle tend à l'uniformisation des structures universitaires pour les mettre en concurrence, au détriment des formations. Fondée sur le benchmarking (la production infinie d'étalons jamais atteints de compétitivité), la politique mise en oeuvre asservit les gouvernements. Elle conduit à des analyses infondées et promeut des processus d'évaluation insensés.

    La démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur, l'idée même que nous nous faisons de la recherche sont aujourd'hui en conflit avec la construction d'un «marché européen de la recherche et de l'innovation». Nous ne pouvons laisser à l'idéologie du marché - qui détermine la refonte de l'enseignement supérieur et de la recherche au niveau européen - le soin de définir ce que sont l'accès démocratique au savoir, la transmission des connaissances et la recherche véritable. Nous le pouvons d'autant moins que cette idéologie a déjà montré ses effets destructeurs sur l'organisation, les conditions et la qualité du travail ainsi que la créativité.

    La principale caractéristique des «réformes» adoptées, en France comme ailleurs, dans le cadre de ce «processus de Bologne» est de se faire sans, voire contre, la communauté universitaire. À cet égard, la situation française est une caricature d'imposition par le haut d'une transformation radicale jamais formulée pour ce qu'elle est, alors même que la méthode de coordination est dite «non contraignante».

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