• Sauver les facs en sauvant la face - Le figaro

    A force de «labourer la mer», Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, n'a-t-elle pas fini par ramener sur la plage les rescapés du grand naufrage de l'Université ? Alors qu'un étudiant sur quatre se demande comment il va pouvoir sauver cette année gâchée par une coalition d'extrémistes, un groupe d'«universitaires responsables» publiait un«manifeste pour la refondation de l'Université» (Le Monde du 16 mai). Beaucoup de sociologues, quelques philosophes et mathématiciens, moins de juristes, à l'image des universités de sciences humaines les plus touchées par la grève. A l'initiative de ce texte, des professeurs de Nanterre, Alain Caillé et François Vatin, qui ont cherché à ouvrir une issue qui ressemblerait à la sortie de crise de la réforme hospitalière. Ce texte a été lu avec intérêt à l'Elysée. Nicolas Sarkozy y a vu une contribution positive, Valérie Pécresse, des«convergences».

    Les signataires, où la gauche domine nettement, reconnaissent que «nos universités ont de moins en moins d'étudiants» et que «ceux-ci sont rarement les meilleurs». Partant de ce constat, et sans doute afin de pouvoir être entendus de leurs collègues, ils sacrifient, par conviction ou non, aux mythes en vigueur : l'Université ouverte à tous (ce qui est la source de ses maux), l'idée, utopique, d'un grand service public de l'enseignement supérieur (grandes écoles incluses !) ou la généralisation d'une allocation aux étudiants (alors que l'Université est déjà gratuite). Mais derrière cela apparaissent des avancées jusque-là taboues à gauche : «la nécessaire autonomie des universités», ou «il convient que l'Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses», et même ceci : «l'Université ne peut se désintéresser de l'avenir professionnel des étudiants qu'elle forme» - on admirera le «ne peut se désintéresser». Autant d'affirmations qui rejoignent les intentions du gouvernement et à quoi se sont opposés les collectifs d'enseignants-chercheurs.

    Sur quoi cela peut-il déboucher ? Quelques-uns des signataires de ce manifeste font partie de ceux avec qui Xavier Darcos, le ministre de l'Education nationale, s'entretient sans publicité. Bien des professeurs ne veulent pas sacrifier leurs étudiants. Des états généraux ? Pourquoi pas, dès lors qu'il n'est plus question d'abrogation de la loi sur l'autonomie des universités. La Convention supprima les universités avant que Napoléon ne les reconstruise. Peut-être fallait-il passer, ici, par le naufrage avant de remettre le bâtiment à flot.