• Services publics et adversaires innommables (I) - Courrier International

    Le 13 mai, la Coordination Nationale des Universités réunie à Marne-la-Vallée a exprimé à nouveau sa volonté de persévérer dans la défense des services publics de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'éducation, et de s'opposer notamment aux décrets récents de Valérie Pécresse dont elle « exige le retrait pur et simple ». Le 14 mai, d'importantes manifestations de défense des services publics sont prévues. Cependant, il reste très difficile de faire adopter par les coordinations et plateformes des mouvements actuels des communiqués suffisamment clairs et explicites dénonçant le rôle des instances internationales et continentales (Union Européenne, OMC, OCDE...) dans cette démolition générale des acquis sociaux des populations.

     

    Peut-on se défendre efficacement contre des dangers dont on évite sciemment d'exposer clairement la source à l'opinion publique ? C'est pourtant une difficulté essentielle à laquelle se heurtent aujourd'hui les mouvements de défense des services publics français. Certes, en insistant beaucoup on peut arriver à faire passer une phrase ou deux, mais en aucun cas un exposé à la hauteur de la gravité des enjeux.

    Suit un exemple de projet de communiqué qui ne parvient pas, actuellement, à franchir le barrage des tables des coordinations pour être soumise au vote des assemblées :

     

    NON AU MARCHE EUROPEEN ET MONDIAL DE LA RECHERCHE ET DE L'EDUCATION !

    La Coordination Nationale des Universités constate avec indignation que d'après une étude récente de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), la moitié des emplois de la planète correspondent à des situations de travail au noir pudiquement appelé "emploi informel". Le pourcentage de travail au noir à l'échelle planétaire pourrait dépasser les deux tiers en 2020. L'OCDE elle-même a largement contribué à la génèse de cette gigantesque catastrophe sociale.

    Tel est le résultat néfaste de la politique concertée appliquée depuis deux décennies sous l'égide des lobbies financiers, avec la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la marchandisation croissante de la société et des rapports entre les êtres humaines, la mondialisation des échanges sous la coupe des grandes multinationales, la privatisation systématique des patrimoines publics, les délocalisations financières et industrielles qui n'ont pas épargné le travail intellectuel et la recherche... Depuis 1994, l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) a progressivement préparé la privatisation des services publics à l'échelle mondiale.

    Dans la même mouvance, l'Union Européenne a été le grand moteur de cette politique au niveau continental, avec notamment la notion de "marché de la connaissance" officialisée par la stratégie de Lisbonne en mars 2000 juste après le lancement en 1998-99 du processus de Bologne. Ce dernier, initialement présenté comme une harmonisation des diplômes, s'est avéré l'outil privilégié de la mise en place d'un grand marché au rabais du travail intellectuel.


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