• Valérie Pécresse : "Je ne suis pas condamnée à l'immobilisme" - Le Monde 1 juin

    Dans un entretien au Monde, la ministre de l'enseignement supérieur revient sur la crise qui a secoué pendant près de quatre mois le monde universitaire. Elle concède des maladresses, mais estime avoir pris comme "un boomerang un malaise qui couve depuis vingt-cinq ans". Elle se dit prête au dialogue mais prévient : la réforme continue.

    Quelles leçons tirez-vous de ce long conflit universitaire ?

    Le mouvement s'est produit au bout de dix-huit mois de réformes ininterrompues. Début janvier 2009, 18 universités étaient passées à l'autonomie, gérant leur propre budget, délivrant elles-mêmes 35 000 feuilles de paie. C'est une petite révolution. Tout le monde était mobilisé : le ministère, les universités. La crispation s'est produite, lorsqu'on a voulu adapter le statut des universitaires. Dès que l'on touche au statut des personnes, cela rend les réformes beaucoup plus délicates. La concertation avait pourtant duré plus d'un an.

    Où s'est située l'erreur ?

    Il y a eu une maladresse dans la rédaction initiale du décret qui a été vite corrigée, mais elle a alimenté toutes les rumeurs. Et, on n'a pas mesuré que la décision de supprimer des postes en 2009 dans l'université, en nombre pourtant beaucoup plus limité que dans les autres administrations, allait créer, symboliquement, une telle inquiétude, qui a donné lieu à une exploitation très politique, alors que parallèlement, on dotait les universités de moyens exceptionnels. Elles nous ont dit : c'est du rattrapage et de toute façon vous nous supprimez des postes ! On a ainsi pris comme un boomerang l'ensemble d'un malaise qui couve depuis vingt-cinq ans. Ce qui s'est exprimé dans la rue sur la dévalorisation du métier, la méfiance de certaines disciplines à l'égard des autres, la vétusté des locaux, la crainte du désengagement de l'Etat renvoyait à la situation actuelle.

    On a payé le prix du passé au moment où nous voulions sincèrement que tout change. Ce qui est frappant, c'est le manque de confiance de la communauté universitaire en elle-même. Elle a pourtant tous les atouts pour relever le défi. Il n'y a pas aujourd'hui à l'université la force d'une collégialité pluridisciplinaire. C'est cela qu'il va falloir créer pour faire vivre l'autonomie.

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