• Valérie Pécresse, ministre de la liquidation de l'université ? par André Gunthert

    Petit problème de logique. Affirmer: 1) qu'on a tenu compte des "inquiétudes" des universitaires et réécrit le décret statutaire; 2) que la "grogne" est calmée; 3) que les quelques "perturbations" restantes sont le fait d'une petite minorité manipulée par l'ultra-gauche. Ce qu'ont répété Pécresse et Darcos tout le mois de mars. Comment passer de cette description apaisée à l'idée que «l'année universitaire sera menacée» si les cours ne reprennent pas après les vacances de Pâques, ainsi que le signifie la ministre depuis début avril? Car de deux choses l'une, ou bien la contestation se limite à quelques UFR fanatisées, auquel cas on ne voit pas bien comment cette impéritie locale serait susceptible de mettre en danger tout le système universitaire – ou bien la menace est réelle, auquel cas il faut se résoudre à penser que la mobilisation contre les projets gouvernementaux est large et vivace.

    Cette dramatisation du conflit dans la bouche de Pécresse, immédiatement relayée par les médias soudain angoissés par la dégradation de "l'image des universités", est en réalité la première marque de reconnaissance de l'ampleur du mouvement par le ministère. Après la période des négociations en trompe-l'oeil et les annonces victorieuses de "sortie de crise" (dont la relecture un ou deux mois plus tard n'est pas sans effets comiques involontaires) est venu le temps des exhortations et des menaces. Sans reprise des cours et passage des examens, vous nuisez à la crédibilité de l'université et prenez le risque d'une fuite des étudiants dès la rentrée prochaine, dit en substance la ministre.

    Cette accusation manifeste la stratégie sur laquelle repose la gestion du conflit par le gouvernement, qui a systématiquement joué la provocation et le pourrissement. Plus le mouvement dure, plus les profs se font du tort à eux-mêmes. Pour une raison simple: dans le système français, l'université n'est pas le seul outil de la formation supérieure. Comme le rappelle opportunément le Figaro Magazine, deux titulaires sur trois du baccalauréat souhaitent intégrer les classes préparatoires et les grandes écoles, dont la sélection à l'entrée et l'objectif de professionnalisation semblent offrir d'emblée de meilleures garanties que les facs. En réalité, dans le contexte hexagonal, l'image de l'université est déjà très dégradée: elle est un lieu de formation par défaut, qui accueille les plus pauvres, les moins qualifiés ou les moins motivés. Puisque les manoeuvres n'ont pas suffi à désamorcer la fronde, le calcul cynique du gouvernement est de parier que celle-ci contribuera à vider les UFR les plus mobilisées – en particulier les SHS –, ce que l'on pourra traduire dans quelques années en termes de réduction de postes et de budgets.

    Valérie Pécresse est-elle le ministre le plus incompétent du gouvernement pour avoir laissé grossir une crise sans précédent par son intensité et sa durée? Ou au contraire le serviteur zelé et sans scrupules d'une politique de liquidation de la recherche fondamentale et de précarisation de l'enseignement? A l'UMP, en tout cas, la côte de l'ancienne élève d'HEC et de l'ENA est en forte hausse.


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